Guerre en Iran : une crise géopolitique qui pèse sur le marché du gaz en Europe

Depuis le 28 février 2026, le conflit entre l’Iran, les États-Unis et Israël rythme les marchés de l’énergie. Retour, date par date, sur les épisodes qui ont fait bouger le prix du gaz européen — et sur les points de vigilance des prochains mois.

Publié le 24 juillet 2026 — par l'équipe Sobria

Ouvert le 28 février 2026, le conflit qui oppose l’Iran aux États-Unis et à Israël a très vite débordé le cadre régional pour devenir l’un des facteurs déterminants des marchés énergétiques mondiaux. Le pétrole a réagi en premier, mais le gaz naturel — et notamment le gaz européen, dont le TTF constitue l’indice de référence — a lui aussi connu une trajectoire particulièrement heurtée.

Pour comprendre cette volatilité, la lecture technique ne suffit pas : c’est la grille géopolitique qui éclaire les mouvements de prix. Depuis début mars, les variations observées suivent des séquences bien identifiables : montée du risque, escalade militaire, attaques d’infrastructures, tentatives de désescalade, puis installation d’une incertitude durable.

Voici, date par date, les épisodes clés qui permettent de saisir concrètement l’influence du conflit sur le prix du gaz en Europe.

28 février : frappes israélo-américaines en Iran, la crise commence

Le 28 février, Israël et les États-Unis mènent une attaque conjointe contre l’Iran. C’est le point de départ. En quelques heures, les marchés de l’énergie intègrent un risque majeur : celui d’un embrasement régional perturbant les routes énergétiques du golfe Persique.

Le spectre d’un blocage du détroit d’Ormuz — par lequel transitent environ 20 % du pétrole et du GNL mondiaux — s’impose immédiatement comme la question centrale. Le marché du gaz entre dans une première phase de tension.

3–9 mars : le conflit s’étend et touche les intérêts occidentaux

Entre le 3 et le 9 mars, la crise change de dimension. L’Iran élargit les hostilités en visant plusieurs pays alliés de Washington dans le Golfe et au Moyen-Orient — Jordanie, Koweït, Bahreïn, Qatar, Irak, Arabie saoudite, Émirats arabes unis —, déstabilisant l’ensemble de la région.

Un cap supplémentaire est franchi le 9 mars avec des frappes contre des bases britanniques à Chypre, territoire d’un État membre de l’OTAN : le conflit dépasse désormais le Moyen-Orient et atteint directement des intérêts occidentaux.

Les déclarations de Donald Trump sur une intensification des opérations renforcent alors l’hypothèse d’un conflit long. La réaction du marché gazier est brutale : le TTF bondit d’environ 69 % en deux séances, tandis que le baril de Brent gagne 17 %, signe d’une intégration rapide d’un risque géopolitique élargi.

12 mars : alerte de l’AIE et recours aux réserves stratégiques

Le 12 mars, la crise prend une ampleur mondiale. L’Agence internationale de l’énergie évoque « la plus importante perturbation » de l’approvisionnement pétrolier de l’histoire, et ses pays membres décident de libérer 400 millions de barils de réserves stratégiques.

Dans le même temps, Téhéran durcit sa ligne : le Guide suprême Mojtaba Khamenei appelle à maintenir le détroit d’Ormuz fermé. Le marché du gaz absorbe cette montée du risque systémique : après un repli de plus de 16 % le 10 mars, le prix regagne un peu plus de 3 % et s’établit à 51 €/MWh. Le baril, lui, franchit les 100 dollars.

19 mars : South Pars frappé, Ras Laffan attaqué

Le 19 mars constitue un tournant. Après la frappe israélienne sur la partie iranienne du gisement gazier de South Pars, l’Iran riposte en attaquant le complexe de Ras Laffan, au Qatar, premier site mondial de production de GNL.

La crise bascule alors dans une guerre énergétique assumée : les infrastructures gazières deviennent des cibles à part entière, tandis que l’élimination de plusieurs hauts responsables iraniens accentue l’instabilité du régime.

Les marchés réagissent sans délai : le gaz européen s’envole de plus de 13 % dans la journée, et le Brent atteint son plus haut niveau depuis le début de la crise, à 112 dollars.

25 mars : réouverture partielle d’Ormuz, les flux maritimes reprennent

Le 25 mars ouvre une phase d’accalmie temporaire. L’Iran autorise le passage des « navires non hostiles » dans le détroit d’Ormuz, permettant une reprise partielle du transport maritime de pétrole et de GNL.

Cette décision suit plusieurs signaux d’ouverture, dont des discussions non officielles évoquées par Donald Trump et le report de certaines frappes. Le marché salue cette détente logistique : le TTF recule de plus de 6 % en deux jours, et le Brent perd près de 10 % entre le 20 et le 25 mars.

26 mars : l’Europe reconnaît une crise des prix

Le 26 mars, le commissaire européen à l’énergie admet que l’Europe traverse une crise des prix et évoque un possible plafonnement du prix du gaz dans l’UE. Aucun risque de rupture d’approvisionnement n’est identifié à ce stade, mais la Commission presse les États membres d’entamer au plus tôt le remplissage des stockages en vue de l’hiver suivant.

Parallèlement, plusieurs États adoptent des mesures d’urgence pour amortir le choc économique, et l’OCDE abaisse ses prévisions de croissance pour la zone euro. Le marché intègre l’idée d’une tension durable.

L’épisode révèle une dépendance plus indirecte qu’il n’y paraît : l’Union européenne n’importe qu’une part limitée de son énergie depuis le Moyen-Orient (environ 12 % de son pétrole et 11 % de son GNL), mais elle reste tributaire des équilibres mondiaux. Les grands importateurs asiatiques — Chine et Inde en tête — ainsi que des pays comme le Brésil captent une part croissante des flux du Golfe et concurrencent l’Europe sur ses zones d’approvisionnement traditionnelles. Cette pression sur la demande mondiale entretient des prix élevés et une volatilité persistante.

1er–8 avril : instabilité diplomatique et cessez-le-feu conditionnel

Début avril, la dimension diplomatique du conflit devient particulièrement instable. Les prises de position de Donald Trump oscillent entre ouverture et pression : évocation d’un retrait américain et d’un cessez-le-feu, puis reports d’ultimatums et menaces de frappes « extrêmement fortes », visant notamment les infrastructures énergétiques iraniennes.

L’incertitude reste maximale : après un premier repli — le gaz européen abandonne environ 15 % en deux jours —, les tensions repartent à la hausse faute de cadre diplomatique clair, tandis qu’Ormuz demeure sous pression.

Le 8 avril, un cessez-le-feu de deux semaines est finalement annoncé sous médiation pakistanaise, conditionné à la réouverture complète du détroit. La détente est immédiate : le gaz cède à nouveau près de 15 %, et le pétrole recule nettement.

11–12 avril : des négociations directes qui échouent en moins de 24 heures

Les 11 et 12 avril, une bascule diplomatique semble possible — avant d’avorter rapidement. Pour la première fois depuis des décennies, des discussions directes de haut niveau s’ouvrent entre Washington et Téhéran, toujours sous médiation pakistanaise.

Pendant près de vingt heures, les délégations — conduites par le vice-président JD Vance côté américain et par Mohammad Bagher Ghalibaf côté iranien — tentent de poser les bases d’un accord. Malgré une « offre finale » américaine, aucun compromis n’émerge et chaque partie impute l’échec à l’autre.

L’impasse est confirmée : l’existence de canaux directs ne suffit pas à dessiner une sortie de crise. Les prix de l’énergie se stabilisent, le marché restant dans l’attente d’un signal plus structurant.

12–13 avril : blocus naval américain et regain de tension autour d’Ormuz

Dans la foulée de cet échec, Donald Trump change de stratégie et annonce un blocus naval des ports iraniens du Golfe.

Effectif le 13 avril avec l’appui d’Israël, le dispositif ouvre une nouvelle phase de confrontation : Washington menace de détruire tout navire iranien qui forcerait le passage, tandis que les Gardiens de la révolution dénoncent un « acte de piraterie » et promettent des représailles.

La communauté internationale réagit aussitôt, l’ONU rappelant le principe de liberté de navigation dans les détroits internationaux. Ormuz concentre désormais des enjeux militaires, juridiques et stratégiques.

À la réouverture des marchés, le gaz européen progresse de plus de 6 % sur le week-end et le Brent de plus de 4 % : la prime de risque sur les flux énergétiques est de retour.

16 avril : cessez-le-feu au Liban, effet limité

Le 16 avril, un cessez-le-feu entre Israël et le Liban est annoncé dans une logique de stabilisation régionale. Rapidement fragilisé par des violations et des tensions persistantes, il ne change pas fondamentalement la trajectoire du conflit.

Côté marchés, l’impact reste surtout technique : après plusieurs séances de baisse, les prix se redressent légèrement — +2,47 % pour le gaz européen, +4,70 % pour le Brent. Moins une dégradation brutale qu’un ajustement, dans un contexte où aucun signal durable de désescalade ne se dessine.

19–20 avril : détente éphémère, puis escalade maximale

Le 17 avril, l’Iran annonce la réouverture d’Ormuz aux navires commerciaux pour la durée restante du cessez-le-feu. La réaction est immédiate : à la veille du week-end, le TTF recule de 8,61 % et le Brent de 9,06 %.

L’accalmie tourne court. Dès le 19 avril, Donald Trump annonce l’envoi d’une nouvelle délégation tout en menaçant de « détruire toutes les centrales électriques iraniennes » en cas d’échec des négociations.

Le 20 avril, la tension culmine : l’Iran referme le détroit et prend pour cible des navires tentant de le franchir, pendant que les États-Unis interceptent un cargo iranien. Téhéran refuse les nouvelles initiatives diplomatiques annoncées et menace de riposter.

La séquence illustre une dynamique désormais installée, faite d’allers-retours entre ouvertures diplomatiques et surenchère verbale. Les prix suivent : +3,93 % pour le gaz européen, +5,64 % pour le Brent, traduisant le retour d’un risque immédiat sur les flux énergétiques.

21 avril : cessez-le-feu prolongé, blocus maintenu

Le 21 avril au soir, alors que l’échéance du cessez-le-feu approche, Donald Trump annonce sa prolongation pour une durée indéterminée — tout en maintenant le blocus maritime américain sur les ports iraniens du Golfe.

Ce choix traduit une inflexion de la stratégie américaine : privilégier la pression économique et logistique plutôt qu’une escalade militaire immédiate. Washington confirme par ailleurs que le vice-président JD Vance, chargé de conduire de nouvelles discussions, ne se rendra finalement pas au Pakistan.

Le signal envoyé aux marchés est ambivalent : le risque militaire immédiat s’éloigne, mais les tensions structurelles sur le gaz et le pétrole demeurent. La hausse des prix se poursuit.

27 avril : négociations gelées, pression économique accrue

Le 27 avril, la diplomatie est à l’arrêt. Les États-Unis annulent leur participation aux discussions prévues au Pakistan, Donald Trump estimant que l’Iran peut désormais « venir discuter » directement.

Téhéran réorganise dans le même temps sa diplomatie : le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghtchi multiplie les déplacements — Pakistan, Oman, puis une visite attendue à Moscou —, signe d’une recherche active de soutiens internationaux.

Sur le terrain, la situation se fige : Ormuz reste sous tension, sans fermeture totale ni normalisation durable. Le blocus américain continue de peser lourdement sur l’économie iranienne, à hauteur de plusieurs centaines de millions d’euros par jour selon les estimations.

Le conflit entre dans une phase d’attente stratégique, où la pression économique et diplomatique prend le relais de l’escalade militaire — sans dissiper l’incertitude sur les marchés. Après une progression continue entre le 17 et le 27 avril, le TTF se stabilise à 44,47 €/MWh ; le Brent poursuit sa hausse et s’établit à près de 110 dollars le 27 avril.

Perspectives : les points de vigilance des prochains mois

À court terme, l’évolution du prix du gaz dépendra principalement de trois variables directement liées au conflit.

D’abord, la situation dans le détroit d’Ormuz. Les épisodes récents — réouvertures partielles, blocus, tirs sur des navires — témoignent d’une instabilité persistante : chaque incident peut déclencher une réaction immédiate du marché.

Ensuite, l’exposition des infrastructures énergétiques. Le pic du 19 mars l’a montré : le marché réagit violemment dès que des sites gaziers sont visés. Une nouvelle attaque contre des installations majeures (production, liquéfaction, export) aurait un effet immédiat ; à l’inverse, un accord implicite pour épargner ces infrastructures constituerait un facteur de détente.

Enfin, la trajectoire politique du conflit. Les annonces successives de Donald Trump, entre menaces et ouvertures, illustrent l’instabilité des signaux. Tant qu’aucun cadre diplomatique clair n’émerge, le marché restera sensible à chaque déclaration.

À un horizon un peu plus lointain, un autre facteur pèsera progressivement : le remplissage des stocks européens avant l’hiver. Si les tensions perdurent pendant les achats estivaux, la concurrence sur le GNL pourrait s’intensifier et maintenir les prix à un niveau élevé.

En synthèse, le scénario central n’est pas, à ce stade, celui d’une rupture d’approvisionnement, mais celui d’un marché haussier et durablement volatil, rythmé par l’alternance de phases de tension et de détente. La visibilité reste limitée, et les prix devraient continuer de réagir rapidement aux développements géopolitiques.

Pourquoi un conflit au Moyen-Orient fait-il monter le prix du gaz en Europe ?

Moins par dépendance directe que par les équilibres mondiaux. L'Union européenne n'importe qu'environ 12 % de son pétrole et 11 % de son GNL depuis le Moyen-Orient, mais les grands importateurs asiatiques captent une part croissante des flux du Golfe et concurrencent l'Europe sur ses zones d'approvisionnement — ce qui entretient des prix élevés.

Pourquoi le détroit d'Ormuz est-il déterminant pour les prix ?

Parce qu'environ 20 % du pétrole et du GNL mondiaux y transitent. Chaque incident — fermeture, réouverture partielle, blocus, tirs sur des navires — déclenche une réaction immédiate du marché : le TTF a par exemple bondi d'environ 69 % en deux séances lors de l'extension du conflit début mars 2026.

Faut-il craindre une rupture d'approvisionnement en gaz ?

À ce stade, le scénario central n'est pas celui d'une rupture, mais d'un marché haussier et durablement volatil, rythmé par l'alternance de phases de tension et de détente. La Commission européenne n'a pas identifié de risque de rupture, tout en pressant les États membres de remplir leurs stockages avant l'hiver.

Un doute sur vos contrats gaz ou électricité ?

Sobria audite, compare et négocie pour vous — sans commission fournisseur.

Laissez-nous un message vocal, on vous recontacte rapidement. Laissez-nous un message vocal, on vous recontacte rapidement.
02 30 96 46 45 Scanner une facture