Gaz : moins de consommateurs, mais des réseaux qui coûtent presque autant
Entre 2021 et 2025, la consommation de gaz en France a diminué d'environ 20 %. La CRE met en évidence un risque de « ciseau tarifaire » : des infrastructures presque aussi coûteuses, financées par de moins en moins de consommateurs.
Publié le 14 septembre 2026 — par l'équipe Sobria
Entre 2021 et 2025, la consommation de gaz en France a diminué d'environ 20 %.
À première vue, cette baisse pourrait laisser penser que les coûts liés aux infrastructures gazières suivront la même trajectoire.
Mais le fonctionnement d'un réseau ne repose pas uniquement sur les volumes consommés.
Même avec moins de clients et moins de gaz acheminé, il faut continuer à entretenir les canalisations, assurer la sécurité du réseau, financer les infrastructures existantes et accompagner leur transformation.
C'est précisément là que se dessine un nouveau défi pour la facture énergétique.
Un risque de « ciseau tarifaire »
La Commission de régulation de l'énergie, la CRE, met en évidence un risque de « ciseau tarifaire ».
Le principe est simple : si les coûts du réseau diminuent moins vite que le nombre de consommateurs ou que les volumes acheminés, une part plus importante de ces coûts devra être supportée par chaque utilisateur restant.
Selon les scénarios étudiés à l'horizon 2050 :
- le coût total des infrastructures gazières pourrait diminuer de seulement 11 à 17 % ;
- la consommation pourrait reculer de 14 à 56 % ;
- le nombre d'utilisateurs raccordés pourrait baisser jusqu'à 60 %.
Autrement dit, des infrastructures proches de celles que nous connaissons aujourd'hui pourraient demain être financées par un nombre nettement plus faible de consommateurs.
Des coûts de réseau potentiellement plus élevés
Dans le scénario de décroissance le plus rapide, le tarif moyen du réseau de distribution pourrait augmenter d'environ 3,5 % par an hors inflation jusqu'en 2050.
Ce mécanisme illustre bien une particularité des infrastructures énergétiques.
Une canalisation ne coûte pas deux fois moins cher à entretenir simplement parce qu'elle transporte deux fois moins de gaz.
Les coûts fixes restent importants, notamment en matière de maintenance, de sécurité, de surveillance, de renouvellement des équipements ou encore de démantèlement futur.
De nombreux professionnels directement concernés
Cette évolution pourrait concerner de nombreux consommateurs professionnels encore fortement dépendants du gaz :
- industries ;
- hôtels ;
- restaurants ;
- copropriétés ;
- établissements de santé ;
- bâtiments tertiaires ;
- collectivités.
Pour ces acteurs, la question ne sera donc pas uniquement celle du prix du gaz lui-même.
Il faudra aussi surveiller l'évolution du coût d'acheminement et plus largement de l'ensemble des composantes réglementaires associées à la facture.
La transition énergétique change aussi l'économie des réseaux
La baisse de la consommation de gaz s'inscrit dans une transformation plus large du système énergétique français.
Électrification des usages, rénovation énergétique, développement des pompes à chaleur, évolution des procédés industriels ou encore décarbonation des bâtiments modifient progressivement les besoins.
Cette évolution peut réduire les volumes transportés.
Mais elle ne fait pas disparaître instantanément les infrastructures existantes.
Le défi consiste donc à organiser une transition dans laquelle les réseaux restent fiables et disponibles, sans faire peser des coûts disproportionnés sur un nombre décroissant d'utilisateurs.
Plusieurs pistes étudiées par la CRE
La CRE examine différents leviers pour limiter ces effets.
Parmi les pistes évoquées figurent notamment :
- l'amortissement accéléré de certains actifs ;
- l'anticipation des coûts futurs de démantèlement ;
- l'évolution du mode de rémunération des infrastructures ;
- une réflexion sur la répartition des charges entre consommateurs actuels et futurs.
Ces choix seront déterminants pour l'évolution des tarifs dans les prochaines années.
Les prochaines discussions tarifaires doivent s'ouvrir en 2027, avec une décision attendue début 2028.
Le coût du gaz ne se résume pas au prix de la molécule
Pour une entreprise, le prix du gaz sur le marché de gros n'est qu'une partie de la facture.
Le coût final dépend également de nombreux autres éléments :
- acheminement ;
- fiscalité ;
- capacité souscrite ;
- structure contractuelle ;
- profil de consommation ;
- durée d'engagement ;
- calendrier d'achat.
Une baisse du prix de la molécule peut ainsi être partiellement compensée par une hausse d'autres composantes.
C'est pourquoi il devient indispensable d'analyser la facture dans son ensemble.
Anticiper plutôt que subir
Pour les entreprises encore utilisatrices de gaz, cette évolution constitue un signal à prendre en compte dès maintenant.
La stratégie énergétique des prochaines années devra intégrer non seulement les marchés de gros, mais aussi l'évolution des coûts de réseau et la transformation progressive des usages.
Chez Sobria, nous suivons ces évolutions afin d'aider les entreprises à comprendre les différents éléments qui composent leur facture et à anticiper leurs décisions d'achat d'électricité et de gaz.
Le coût de l'énergie ne se résume pas au prix de la molécule. Il dépend aussi du réseau, de la fiscalité, du contrat et du moment auquel les décisions sont prises.
Source : Commission de régulation de l'énergie (CRE).
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