Électricité : pourquoi la CRE appelle à accélérer l'électrification des usages en France
La CRE a publié en septembre 2026 son analyse du système électrique français : la production est importante, mais elle coïncide de moins en moins avec la consommation. L'électrification du transport, du chauffage et de l'industrie devient un levier central.
Publié le 14 septembre 2026 — par l'équipe Sobria
En septembre 2026, la Commission de régulation de l'énergie (CRE) a publié son analyse de l'économie du système électrique français. Son constat est clair : la France dispose d'un appareil de production électrique important, mais doit désormais parvenir à mieux faire coïncider production et consommation.
Pour la CRE, l'électrification progressive du chauffage, des transports et de l'industrie constitue ainsi l'un des leviers majeurs pour assurer l'équilibre économique et technique du système électrique français.
Cette évolution dépasse la seule question de la décarbonation. Elle touche directement au fonctionnement du marché de l'électricité, à la volatilité des prix et, à terme, aux stratégies d'achat des entreprises.
Un système électrique de plus en plus confronté aux écarts entre production et consommation
Le développement du nucléaire disponible, du solaire et de l'éolien permet à la France de disposer d'importantes capacités de production.
Mais cette production ne correspond pas toujours aux périodes pendant lesquelles la consommation est la plus élevée.
Le rapport met ainsi en évidence une augmentation importante des périodes de déséquilibre.
En 2025, la France aurait connu 513 heures de surproduction associées à des prix négatifs, alors que les périodes pendant lesquelles le prix spot dépassait 100 €/MWh représentaient 1 807 heures.
Le système électrique peut donc connaître, au cours d'une même année, des périodes durant lesquelles l'électricité est surabondante et d'autres pendant lesquelles elle devient beaucoup plus chère.
Cette situation illustre un enjeu désormais central : ce n'est plus uniquement la quantité d'électricité produite qui compte, mais également le moment auquel elle est produite et consommée.
Le développement des renouvelables modifie profondément le marché
Entre 2020 et 2025, le développement des énergies renouvelables aurait contribué, selon la CRE, à réduire les prix de marché d'environ 20 €/MWh.
Cette production supplémentaire exerce naturellement une pression à la baisse sur les prix lorsque le solaire et l'éolien produisent fortement.
Mais elle accentue également la volatilité du marché.
Lorsqu'une production importante intervient au moment où la consommation est faible, les prix peuvent fortement diminuer, voire devenir négatifs. À l'inverse, une baisse de la production disponible associée à une forte demande peut provoquer une remontée rapide des prix.
En 2025, la France a par ailleurs exporté 92,3 TWh d'électricité, confirmant sa position majeure parmi les exportateurs européens d'électricité.
Cette capacité d'exportation constitue un atout, mais ne résout pas totalement la question de l'équilibre du système électrique français.
Électrifier davantage pour mieux utiliser l'électricité produite
Pour la CRE, une partie de la réponse consiste à développer de nouveaux usages électriques capables de consommer lorsque la production est importante.
Trois secteurs sont particulièrement concernés : le transport, le chauffage et l'industrie.
L'objectif est notamment de déplacer une partie de la consommation vers les périodes pendant lesquelles l'électricité est abondante et moins chère.
Cette évolution pourrait permettre de mieux valoriser les capacités de production françaises tout en réduisant certaines situations de surproduction.
Véhicules électriques : une consommation qui pourra devenir flexible
Le développement du véhicule électrique constitue un exemple particulièrement intéressant.
Une batterie automobile peut généralement stocker plusieurs dizaines de kilowattheures.
À grande échelle, plusieurs millions de véhicules représentent donc une capacité importante de consommation et potentiellement de stockage.
Lorsque les infrastructures et les contrats le permettent, la recharge peut être pilotée pour privilégier les périodes où l'électricité est abondante.
Les technologies dites Vehicle-to-Grid (V2G) vont encore plus loin : elles permettent théoriquement à un véhicule de restituer une partie de l'électricité stockée dans sa batterie au réseau lorsque celui-ci en a besoin.
Le véhicule électrique ne serait alors plus uniquement un moyen de transport, mais également un élément de flexibilité du système électrique.
Pompes à chaleur : produire de la chaleur au moment opportun
Le chauffage représente également un important potentiel d'électrification.
Les pompes à chaleur utilisent l'électricité pour transférer de l'énergie thermique et peuvent atteindre des coefficients de performance supérieurs à 3 dans certaines conditions.
Cela signifie qu'une unité d'électricité consommée peut permettre de fournir plusieurs unités de chaleur.
Associées à un système de pilotage et éventuellement à du stockage thermique, elles peuvent également contribuer à déplacer certaines consommations vers des périodes plus favorables pour le réseau.
La flexibilité devient un enjeu économique majeur
Pendant longtemps, les consommateurs se sont essentiellement préoccupés du volume total d'électricité consommé.
Cette logique évolue.
La question devient progressivement : combien consomme-t-on, mais surtout quand consomme-t-on ?
Pour certaines entreprises, deux sites consommant exactement la même quantité annuelle d'électricité pourraient progressivement présenter des profils économiques différents en fonction des heures auxquelles cette énergie est utilisée.
Le développement des tarifs dynamiques, du stockage, de l'autoconsommation photovoltaïque et des systèmes de pilotage devrait renforcer cette tendance.
La flexibilité devient ainsi une véritable composante de la stratégie énergétique.
Un enjeu également lié à la souveraineté énergétique
L'électrification des usages répond également à un objectif de réduction de la dépendance française aux énergies fossiles importées.
Remplacer progressivement certains usages du gaz ou des produits pétroliers par de l'électricité produite en France peut contribuer à améliorer l'autonomie énergétique du pays.
L'enjeu consiste cependant à accompagner cette électrification par des investissements importants dans les réseaux, les capacités de pilotage et les infrastructures.
Selon les données reprises par la CRE, 15,9 milliards d'euros ont été consacrés à l'acheminement de l'électricité en 2025, illustrant l'importance des investissements nécessaires à l'évolution du système.
Quelles conséquences pour les entreprises ?
Pour les entreprises, ces transformations du marché électrique vont progressivement modifier la manière d'acheter et de consommer l'énergie.
Il ne suffira plus nécessairement de comparer uniquement plusieurs prix exprimés en €/MWh.
Il faudra de plus en plus prendre en compte :
- le profil horaire de consommation ;
- les périodes de fonctionnement des équipements ;
- les possibilités de déplacement de certaines consommations ;
- la puissance réellement nécessaire ;
- l'autoconsommation photovoltaïque ;
- le stockage ;
- les différentes structures tarifaires proposées par les fournisseurs ;
- et l'évolution des marchés de gros.
Une entreprise capable de comprendre précisément son profil de consommation disposera donc d'un avantage pour adapter sa stratégie d'achat.
Anticiper plutôt que subir le marché
Chez Sobria, nous considérons que le moment auquel l'énergie est achetée devient aussi important que le choix du fournisseur.
C'est pourquoi nous accompagnons les entreprises dans l'analyse de leurs contrats, de leurs consommations et de leurs factures, mais également dans le suivi des marchés afin de préparer leurs prochaines consultations suffisamment en amont.
Lorsque les échéances le permettent, une consultation peut être préparée 12 à 18 mois avant la fin du contrat, afin de disposer du temps nécessaire pour observer les marchés et choisir une fenêtre d'achat adaptée.
L'évolution actuelle du système électrique renforce cette approche : la performance énergétique de demain reposera à la fois sur le prix d'achat, la maîtrise des consommations et la capacité à les piloter intelligemment.
À retenir
La France ne manque pas nécessairement d'électricité sur l'ensemble de l'année. Son défi consiste de plus en plus à faire coïncider la consommation avec les périodes où l'électricité est disponible.
L'électrification du transport, du chauffage et de l'industrie, combinée au stockage et au pilotage des consommations, devrait donc jouer un rôle central dans les prochaines années.
Pour les entreprises, cette transformation rend encore plus importante la connaissance de leur profil énergétique et l'anticipation de leurs décisions d'achat.
Source principale : Commission de régulation de l'énergie (CRE), « La CRE présente son rapport sur l'économie du système électrique français hexagonal », septembre 2026.
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